Soirée sur le vif
Clotilde Leguil
Le making of des amoureuses du
21 ème siècle.
Epinglage
par Céline Aulit
Moteur !
Une salle plongée dans la pénombre, des spectateurs dont les regards sont rivés sur l’écran et nous voilà emportés au pays des amoureuses, guidés par Clotilde Leguil, metteuse en scène d’un soir. Les amoureuses dont il est question ce soir ont toutes en commun un destin tragique. Comment sont-elles arrivées à cette issue fatale ? C’est ce que le rendez-vous de ce soir nous a aidé à découvrir.
Lux est la première amoureuse à monter sur scène. Après avoir offert sa virginité à un homme disparu avec la nuit, Lux entame un long voyage qui la conduira au suicide. Les projecteurs mettent la lumière ce soir sur ce qui l’a poussée à passer à l’acte. Que l’on se détrompe ! Ce n’est pas tant la rencontre avec le réel de la sexualité qui la précipite dans ce gouffre que l’impossibilité de toute dialectisation autour de cette rencontre « ratée ». La sexualité certes, fait trou mais le drame survient parce que cette famille ne permet en aucun de bricoler autour de ce traumatisme. De cette brèche, la mère s’est emparée pour tenter une réincorporation de ses filles -indissociables dans son œil- qui se retrouvent dès lors étouffées par cet Autre tout puissant. Pourtant, s’étonne la mère, « Aucune de mes filles n’a manqué d’amour ». Voilà qui dit justement ce qui pousse ces trois jeunes filles au suicide : l’absence de manque.
La deuxième amoureuse de la soirée, Christa, comédienne en RDA, se voit contrainte de choisir entre sa passion pour la scène et son amour pour un homme. Pour pouvoir garder l’un, elle doit sacrifier l’autre. Choix impossible. Pourtant sous le regard de l’agent Wiessler, Christa va trahir son amour et révéler la cachette compromettante. Qu’est-ce qui a poussé Christa à divulguer cette information ? Trahison qui se révèle tellement insupportable qu’elle se solde par une sortie de scène. Est-ce une confiance aveugle en cet espion hors pair qui a découvert en ce couple que la vie des autres a peut-être un secret pour lui ? Ou est-ce parce que Christa se trouve devant un choix kafkaïen dans toute l’angoisse qu’il peut revêtir ?
Pour Diane, notre troisième amoureuse d’un soir, la femme existe et sans doute un peu trop ! Diane y croit en tous les cas : la femme, c’est toujours l’autre -« This is the girl ». Contre cet impossible orchestré trop tard dans le silence du Club Silencio, Diane commet l’irréparable. Elle trouve alors refuge, tout comme nous, spectateurs de l’horreur, dans un rêve, dernier souffle de vivant. Comme Diane, nous tentons de reconstruire ce qui n’a pas pu l’être, ce qui bute contre le sans mot. A la différence près que notre rêve à nous peut se poursuivre après la nuit. Lynch nous invite à continuer à construire, à désirer, à vivre après ses films. Il nous ouvre la porte d’un désir de comprendre car comme nous le rappelait notre chef d’orchestre, c’est moins le sens que l’effet des films de Lynch sur le spectateur qui permet cette accroche.
On finit par se demander qui sont ces amoureuses ? Qui est qui ? Elles ? Nous ? Les nombreuses femmes venues en masse à ce rendez-vous de l’amour ? Il semble que c’est face à une impossibilité de dire que nos amoureuses choppent. En aucun cas contre l’amour lui-même. Nous retiendrons par ailleurs la dédicace de Clotilde Leguil : « A tous ceux qui ont su nous rattraper à temps. » Un homme ? Un analyste ? La question reste vivante pour chaque amoureuse qui sommeille en nous…


