Le Courrier de l’ACF

Le Courrier bi-mensuel de l’Association de la Cause freudienne – Belgique regroupe l’ensemble des activités programmées les deux prochains mois ainsi que les épinglages et compte-rendus publiés les deux mois précédents.

La liste « COURRIER » est commune à l’ACF et au Champ freudien, il suffit donc de s’y inscrire une seule fois, en passant par le petit formulaire qui se trouve dans la colonne de gauche.

Un archivage des courriers antérieurs est disponible sur ce site, à dater de septembre 2009.


Gérard Wajcman : l’oeil absolu

Soirée « Sur le vif »

Gérard Wajcman

Invité à l’Association de la Cause Freudienne-Belgique

Le jeudi 25 mars à 21h

37 rue du Prince Royal à Ixelles

La soirée, consacrée à son dernier livre « L’œil absolu »[1],  sera animée par Yves Depelsenaire


« Entre vidéosurveillance et idéologie de la transparence, le psychanalyste Gérard Wajcman décrit une nouvelle tyrannie du regard. Dans un immeuble parisien, un dispositif de vidéosurveillance a été installé. Il permet aux résidents d’observer le bâtiment depuis leur téléviseur. Grâce à des caméras de CCTV (Closed Circuit TV) qui fleurissent dans d’autres grandes villes, Londres en tête, chacun peut surveiller sa cage d’escalier, voire son propre salon. « Le sens du «circuit fermé» de la télévision se révèle : c’est le regard en circuit fermé. Son accomplissement ultime, c’est le spectateur se regardant à la télé en train de regarder la télé, se surveillant lui-même », commente Gérard Wajcman ». (Le monde des livres)

« La surveillance totale de la planète et de nos vies, entre menace réelle et mythe contemporain: un essai brillant de Gérard Wajcman. Voir est une arme du pouvoir. Depuis la vidéosurveillance jusqu’aux balayages satellitaires de la planète, en passant par l’imagerie médicale et la télé-réalité, d’innombrables dispositifs s’acharnent à nous rendre intégralement visibles et transparents. On sait que sortir faire ses courses à Londres aujourd’hui, c’est être filmé plus de trois cents fois. La science et la technique ont bricolé un dieu omnivoyant électronique, un nouvel Argos doté de millions d’yeux qui ne dorment jamais. Plus que dans une civilisation de l’image, nous sommes désormais dans une civilisation du regard. On surveillait jadis les criminels, aujourd’hui on surveille surtout les innocents. Pour la politique sécuritaire, nous sommes tous des dommages collatéraux. Mais au-delà de la surveillance, ce regard global infiltre aujourd’hui tous les domaines de nos vies, de la naissance à la mort. La transparence n’est pas qu’une affaire sociale, elle vise aussi le privé de nos maisons et l’intérieur de nos corps, dissolvant chaque jour un peu plus l’espace de l’intime et du secret ». (Quatrième de couverture)

Gérard Wajcman, écrivain, psychanalyste, maître de conférences au département de psychanalyse de l’Université Paris-VIII, dirige le Centre d’étude d’histoire et de théorie du regard. Il est l’auteur notamment de : Le Maître et l’Hystérique (Navarin/Le Seuil, 1982), L’Interdit (Denoël, 1986), L’Objet du siècle (Verdier, 1998), Fenêtre, chroniques du regard et de l’intime (Verdier, 2004).

Epinglage J-C Maleval (II)

Bureau de ville de l’ACF à Liège

Jean-Claude Maleval

30 janvier 2010

L’apprentissage ne suffit pas pour traiter le sujet autiste

Epinglage

par B. Schifflers

EPINGLAGE

L’apprentissage ne suffit pas pour traiter le sujet autiste

Existe-t il une structure autistique ? Et si oui comment l’aborder ?

J.C.Maleval  propose de se servir de l’enseignement méthodologique donné par Freud et Lacan qui a privilégié la paranoïa et les Mémoires du Président Schreber pour appréhender la psychose, partant ainsi des formes les plus hautes de la défense pour éclairer les formes les plus sommaires. Cette méthodologie lui parait être la plus heuristique pour l’étude de l’autisme.

C’est à partir de l’éclairage apporté par les textes de quelques autistes de haut niveau qu’il faut aborder l’autisme. Les intéressés témoignent de ce que l’autisme est une manière d’être et donc inséparable de la personne, confirmant l’existence d’une constance résistant au discours de la science, celle-ci ne prenant pas en compte le sujet.

La structure autistique peut être caractérisée par deux points :

1° une rétention de l’objet de la jouissance vocale suscitant un primat du signe dans la langue fonctionnelle de l’autiste.

-Quand la voix est mise en place par la castration symbolique, elle se coupe de son support, le corps, devient aphone, se loge dans le vide de l’Autre et permet au sujet d’y placer son énonciation. C’est précisément ce qui ne se passe pas chez le sujet autiste, elle reste alors un objet de jouissance encombrant et inquiétant.

Nous constatons le refus de l’autiste à mobiliser la jouissance vocale pour servir à l’expression orale. Pourtant, certains autistes parlent, sous forme d’écholalies, de verbalisations prenant appui sur un répertoire mémorisé, ne s’adressant pas à un interlocuteur, ou, avec une voix artificielle, les mots restant émis plutôt que parlés.  De manière constante, nous retrouvons la difficulté du sujet à prendre une place d’énonciateur.

-Faute d’avoir accès au signifiant, l’autiste en passe par les signes, auxquels il tente de donner une signification absolue. Le référent des signes se trouve dans le monde des choses, tel n’est pas le cas du signifiant, qui, selon la définition de Lacan, représente le sujet et sa jouissance auprès d’un autre signifiant, se trouvant ainsi coupé de la représentation lui permettant de faire advenir le symbole.

Les autistes ont toutefois accès à l’abstraction, en passant par l’indice, l’icône, mettant en œuvre un processus de substitution qui permet de porter la chose au langage.

Les signes qui forment l’Autre de synthèse de l’autiste possèdent deux différences majeures avec les signifiants :

-ils restent parasités par le référent, ils n’effacent pas la chose représentée,

-ils ne représentent pas la pulsion, ce qui est noté comme l’absence de connexion entre le langage et la vie émotionnelle.

Le symbolique avec lequel les autistes se structurent les fait recourir aux signes, aux icônes, or ces signes ne s’inscrivent pas dans le corps et ne sont pas porteurs de la jouissance vocale, d’où l’obligation de « tout comprendre par l’intellect ».

2° le retour de la jouissance sur le bord, bord constitué de trois éléments intriqués les uns dans les autres :

l’objet autistique, le double et l’îlot de compétence.

Le bord délimite un monde intérieur de liberté et de toute-puissance constituant une protection à l’égard du monde extérieur, mais il se prête aussi à un traitement complexe de la part du sujet y développant parfois de grandes  capacités, notamment ce que l’on nomme « des îlots de compétence ».C’est aussi le lieu où le sujet situe un objet-double qu’il maîtrise.

Le bord est aussi le lieu de la jouissance du sujet, c’est en se branchant sur celui-ci qu’il trouve sa dynamique.

Les objets construits sur le bord sont extrêmement importants pour les sujets autistes, ainsi  la suppression brutale de cette protection risque d’avoir des conséquences néfastes. Il s’agit plutôt de tirer profit  de ces constructions pour les inciter à  en faire des îlots de compétences.

Par ailleurs, quand le sujet autiste est mis dans l’impossibilité de situer sa jouissance sur le bord, elle fait retour sur le corps  Quand, c’est une partie du corps qui fait fonction d’objet et de frontière, il devient extrêmement difficile de distinguer entre un tableau schizophrénique et un tableau autistique.

L’apprentissage ne suffit pas :

L’orientation actuelle donne priorité  aux stratégies éducatives évaluables .Dans cette position normative, il apparait nécessaire de s’opposer aux dites «  obsessions » du sujet autiste, de même  qu’il s’agit de lui retirer son objet autistique.

Or, les monographies cliniques et les autobiographies s’inscrivent en faux contre ce processus. Les réussites les plus importantes dans l’intégration sociale de sujets autistes n’ont pas été obtenues par l’application de techniques d’apprentissages, d’étapes de développement, mais par le suivi des démarches singulières du sujet dont la progression n’a pas été bloquée par le savoir des soignants sur l’autisme.

Les méthodes d’apprentissages partent de l’hypothèse inverse, il s’agit de transmettre un savoir dont le sujet est démuni, ses obsessions et inventions sont appréhendé comme des parasites qui font obstacle à la tâche. Ainsi, certaines  techniques deviennent des violences faites au sujet, s’apparentant à un dressage plutôt qu’à un apprentissage authentique.

L’apprentissage ne peut être obtenu qu’à certaines conditions, la première étant de respecter l’appui que le sujet autiste doit prendre sur un double pour s’approprier un savoir et la seconde étant d’être accueilli à cette place de double par le sujet lui-même.

Si les méthodes d’apprentissages invoquent des résultats en leur faveur, il  y a des résultats non moins éloquents obtenus par d’autres méthodes plus respectueuses du sujet, effectuées par des proches du sujet, certaines mères.

L’approche psychanalytique est la seule capable de proposer une compréhension du fonctionnement affectif, mais aussi des conséquences de celui-ci sur le cognitif. Elle est la seule à pouvoir rendre compte de la fonction de l’objet autistique, du primat du signe, de l’étrangeté de l’énonciation.

Pour preuve :

- l’expérience collectée dans les institutions  puisant leurs sources dans l’approche psychanalytique,

- les témoignages, la publication de livres par des autistes de haut niveau tels : D.William, T.Grandin, D.Tammet, Birger Sellin et bien d’autres.

Certains cliniciens affirment que les enfants autistes qui deviennent des adultes indépendants ne sont plus des autistes. Ils le soutiennent au nom d’a priori  que la clinique infirme et à l’encontre de l’avis des principaux intéressés. D. Williams considère l’autisme comme un mode de fonctionnement original qu’il s’agit de prendre en compte et de respecter.

Quand les indications des premiers intéressés sont suivies, quand le sujet autiste est placé dans des conditions où ses inventions et ses îlots de compétences sont valorisés et non tenus pour des obstacles, quand le choix de ses doubles et de ses objets est respecté, il s’avère possible pour lui, non pas de sortir de l’autisme, mais de son monde immuable et insécurisé, lui ouvrant la voie vers une vie sociale.

Courrier de l’ACF Belgique

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Epinglage J-C Maleval Liège (I)

Bureau de ville de l’ACF à Liège

Jean-Claude Maleval

30 janvier 2010

De la férocité du surmoi

Epinglage

par D. Beelen

EPINGLAGE

Jean-Claude Maleval a débuté la conférence qu’il a donnée à Liège par une citation de Jacques Lacan : « le fou, c’est l’homme libre ». A partir de cette affirmation, se pose la question du rapport du sujet psychotique à la Loi. La clinique nous montre un éventail possible, du sujet  hors-la-loi, en position de totale liberté, à l’opposé des sujets qui se guident dans l’existence par des idéaux très conformistes ou qui sont écrasés par un Loi implacable. S’il y a point commun, nous dit J.-Cl. Maleval, c’est que tout parlêtre est soumis à la loi de la castration et que quand cette loi n’est pas symbolisée, elle tend à s’imposer dans le réel. Le surmoi lacanien est un impératif de jouissance qui, à l’encontre du surmoi freudien, n’est pas l’héritier du complexe d’Œdipe. Or quand cet impératif pulsionnel n’est pas tempéré par le Nom-du-Père, il se révèle volontiers sous la forme d’un commandement obscène et  féroce, qui déborde la conscience et ses raisons, et qui tend à exiger un sacrifice salvateur.

Un exemple de ce surmoi féroce dans la psychose nous est montré par l’apotemnophilie, syndrome marqué par la volonté du sujet de se faire amputer un membre sain avec la certitude que cela peut résoudre son mal-être. Kevin Wright, patient écossais qui s’est fait amputer la jambe, disait dans une interview  que sans savoir pourquoi, sa jambe gauche ne faisait pas partie de lui, qu’il « savait » qu’il ne voulait pas de cette jambe. Il soulignait qu’en lui retirant la jambe gauche – castration dans le réel – le  médecin l’a fait « complet ».

Selon l’expression de Lacan «  une sorte de loi au-delà de toute loi » s’impose quand la loi paternelle ne fait pas advenir le désir ; une volonté de jouissance sans borne pousse fréquemment le sujet à des actes sacrificiels, tantôt effectué sur lui-même, tantôt portant atteinte à des images spéculaires. Ceci peut être illustré par la clinique des pathomimies ou celle des actes immotivés, souvent d’une grande violence et présentant régulièrement un caractère de sacrifice.

Enfin, à partir de vignettes cliniques, J.-Cl. Maleval nous a donné des indications pour la conduite de cures de sujets psychotiques : il s’agit de faire attention à ce que ne se dévoile pas à la place de l’analyste le surmoi féroce en se gardant d’une position toute puissante. Il s’agit également de s’opposer à ce que le sujet ne réalise la perte ou le sacrifice en visant la création d’une suppléance qui limitera la Jouissance.

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Atelier de lecture

Atelier de lecture 

Animé par Guy de Villers et Marie-Françoise De Munck

 

Ce que Lacan appelle « LALANGUE »

Troisième séance, le jeudi 04 mars à 21h

Au local de l’ACF

 

 

 

 

 

 

La troisième séance de l’atelier de lecture nous permettra d’abord d’accompagner Esther Beghin dans la poursuite de sa présentation de la question du rapport d’Aaron Appelfeld à lalangue. Nous entendrons ensuite Geneviève Laloux s’interroger sur la langue que pratiquent les adolescents, une langue dont deux films récents témoignent.

Temps 1 :        Le corps et la langue chez Aharon Appelfeld  (suite et fin)

                        Exposé d’Esther Beghin

Aharon Appelfeld était un enfant pendant la Shoah. Cet écrivain nous donne à découvrir son expérience singulière de la perte des langues qui l’animent, et les modalités de son appropriation d’une nouvelle langue, l’hébreu.

Nous vous proposons de le suivre sur ce thème du corps et de la langue à travers deux de ses ouvrages :

-          Histoire d’une vie : traduit de l’hébreu par Valérie Zenatti ; Paris, L’Olivier/Le Seuil, 2004 ; Collect. Points P 1384, 2005.

-          L’amour soudain : traduit de l’hébreu par Valérie Zenatti ; Paris, L’Olivier/Le Seuil, 2004.

Temps 2 :         Un rapport particulier de l’adolescent à la langue ?

Exposé de Geneviève Laloux

Nous nous interrogerons sur la nature du langage que pratique l’adolescent à partir de la question : « les difficultés rencontrées à l’école tiennent-elles à un rapport particulier de l’adolescent à la langue ? ».

Pour élucider cette question, nous avons trouvé pertinente la référence au concept de la lalangue  en tant qu’elle est « une langue pulsionnelle », c’est à dire, nous dit J.-A. Miller, « une langue dans laquelle c’est la pulsion qui demande, qui veut dire et non pas le sujet ».

Nous tenterons d’illustrer notre propos à partir de deux films : « Entre les murs » de Laurent Cantet et « L’esquive » d’Abdellatif Kechiche.

         

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L’assassinat manqué de la psychanalyse

Soirée « Sur le vif »

Le 14 janvier 2010

« L’assassinat manqué de la psychanalyse »

Epinglage

par Céline Aulit

Une transparence, voilà ce à quoi nous convient jour après jour les TCC. Que tout puisse être cerné par les mots sans brèche, voilà l’illusion dans laquelle nous bercent ces théories du comportement.

Lors de notre dernière soirée sur le vif, Agnès Aflalo nous a convié à un incroyable voyage au centre de « L’assassinat manqué de la psychanalyse », son dernier ouvrage où chimères dangereuses -mais néanmoins puissantes- des TCC côtoient ce qui pourrait apparaître comme la grande fragilité de la psychanalyse. D’un côté, les grands concepts et le savoir valable pour tous sans une once de singularité, de l’autre, la fragilité de la psychanalyse qui ne tient qu’à un fil, celui du désir, ce même désir dont il est question dans la responsabilité de transmission qui incombe au psychanalyste. « Tant que nous avons l’idée qu’il y a quelqu’un qui peut le faire à notre place alors on se replie » souligne très justement Agnès Aflalo.

La question de la responsabilité, tant du côté de l’analysant que de l’analyste est au cœur de l’actualité. A contrario d’un savoir complet et valable pour tous, la psychanalyse offre un point de vue où le savoir est troué et où chaque sujet a la possibilité d’aller arracher quelques bouts de savoir dans l’analyse, tout en essayant de subjectiver son mode de jouissance. Le sujet est donc concerné par cette recherche tout autant que l’analyste qui permet, par son désir qu’il y ait de l’analyse, qu’existe cet espace d’investigation. Alors que la jouissance est pour la psychanalyse le pivot d’un travail, elle est justement la cible des attaques du discours du maître représenté pour le coup par les TCC. Malheureusement, ce qui est effacé d’un côté resurgit de l’autre. C’est ce qui constitue le malaise contemporain. « Or, plus l’évaluation accélère la marchandisation des savoirs et renforce le malaise contemporain, et plus la psychanalyse d’orientation lacanienne démontre son utilité publique. » Par rapport à un symptôme singulier marqué du sceau du mode de jouir propre à chacun, les TCC nous peignent un tableau où tous les symptômes peuvent être répertoriés sous l’une ou l’autre référence chiffrée que l’évaluation a l’ambition d’évincer avec des réponses prêtes à l’emploi en faisant l’impasse sur le décalage que produisent les effets de langage sur la jouissance. Que ces effets passent par le creux formé par la mortification d’un bout de jouissance ou par le plus de jouir résultant de cette rencontre, il se produira toujours un décalage, un effet de jouissance qui peut prendre son autonomie et échappera au sujet.

En conclusion, ce que nous a rappelé A.Aflalo tout au long de cette soirée, c’est qu’il n’y a pas de norme puisée dans la réalité qui tienne pour le symptôme psychanalytique. Le seul réel est celui de la jouissance. Et Agnès Aflalo le montre ici avec clarté, « la psychanalyse est la seule à accueillir la singularité de ceux qui désirent s’y retrouver dans l’opacité de leurs symptômes. »