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L’apprentissage ne suffit pas pour traiter le sujet autiste
Existe-t il une structure autistique ? Et si oui comment l’aborder ?
J.C.Maleval propose de se servir de l’enseignement méthodologique donné par Freud et Lacan qui a privilégié la paranoïa et les Mémoires du Président Schreber pour appréhender la psychose, partant ainsi des formes les plus hautes de la défense pour éclairer les formes les plus sommaires. Cette méthodologie lui parait être la plus heuristique pour l’étude de l’autisme.
C’est à partir de l’éclairage apporté par les textes de quelques autistes de haut niveau qu’il faut aborder l’autisme. Les intéressés témoignent de ce que l’autisme est une manière d’être et donc inséparable de la personne, confirmant l’existence d’une constance résistant au discours de la science, celle-ci ne prenant pas en compte le sujet.
La structure autistique peut être caractérisée par deux points :
1° une rétention de l’objet de la jouissance vocale suscitant un primat du signe dans la langue fonctionnelle de l’autiste.
-Quand la voix est mise en place par la castration symbolique, elle se coupe de son support, le corps, devient aphone, se loge dans le vide de l’Autre et permet au sujet d’y placer son énonciation. C’est précisément ce qui ne se passe pas chez le sujet autiste, elle reste alors un objet de jouissance encombrant et inquiétant.
Nous constatons le refus de l’autiste à mobiliser la jouissance vocale pour servir à l’expression orale. Pourtant, certains autistes parlent, sous forme d’écholalies, de verbalisations prenant appui sur un répertoire mémorisé, ne s’adressant pas à un interlocuteur, ou, avec une voix artificielle, les mots restant émis plutôt que parlés. De manière constante, nous retrouvons la difficulté du sujet à prendre une place d’énonciateur.
-Faute d’avoir accès au signifiant, l’autiste en passe par les signes, auxquels il tente de donner une signification absolue. Le référent des signes se trouve dans le monde des choses, tel n’est pas le cas du signifiant, qui, selon la définition de Lacan, représente le sujet et sa jouissance auprès d’un autre signifiant, se trouvant ainsi coupé de la représentation lui permettant de faire advenir le symbole.
Les autistes ont toutefois accès à l’abstraction, en passant par l’indice, l’icône, mettant en œuvre un processus de substitution qui permet de porter la chose au langage.
Les signes qui forment l’Autre de synthèse de l’autiste possèdent deux différences majeures avec les signifiants :
-ils restent parasités par le référent, ils n’effacent pas la chose représentée,
-ils ne représentent pas la pulsion, ce qui est noté comme l’absence de connexion entre le langage et la vie émotionnelle.
Le symbolique avec lequel les autistes se structurent les fait recourir aux signes, aux icônes, or ces signes ne s’inscrivent pas dans le corps et ne sont pas porteurs de la jouissance vocale, d’où l’obligation de « tout comprendre par l’intellect ».
2° le retour de la jouissance sur le bord, bord constitué de trois éléments intriqués les uns dans les autres :
l’objet autistique, le double et l’îlot de compétence.
Le bord délimite un monde intérieur de liberté et de toute-puissance constituant une protection à l’égard du monde extérieur, mais il se prête aussi à un traitement complexe de la part du sujet y développant parfois de grandes capacités, notamment ce que l’on nomme « des îlots de compétence ».C’est aussi le lieu où le sujet situe un objet-double qu’il maîtrise.
Le bord est aussi le lieu de la jouissance du sujet, c’est en se branchant sur celui-ci qu’il trouve sa dynamique.
Les objets construits sur le bord sont extrêmement importants pour les sujets autistes, ainsi la suppression brutale de cette protection risque d’avoir des conséquences néfastes. Il s’agit plutôt de tirer profit de ces constructions pour les inciter à en faire des îlots de compétences.
Par ailleurs, quand le sujet autiste est mis dans l’impossibilité de situer sa jouissance sur le bord, elle fait retour sur le corps Quand, c’est une partie du corps qui fait fonction d’objet et de frontière, il devient extrêmement difficile de distinguer entre un tableau schizophrénique et un tableau autistique.
L’apprentissage ne suffit pas :
L’orientation actuelle donne priorité aux stratégies éducatives évaluables .Dans cette position normative, il apparait nécessaire de s’opposer aux dites « obsessions » du sujet autiste, de même qu’il s’agit de lui retirer son objet autistique.
Or, les monographies cliniques et les autobiographies s’inscrivent en faux contre ce processus. Les réussites les plus importantes dans l’intégration sociale de sujets autistes n’ont pas été obtenues par l’application de techniques d’apprentissages, d’étapes de développement, mais par le suivi des démarches singulières du sujet dont la progression n’a pas été bloquée par le savoir des soignants sur l’autisme.
Les méthodes d’apprentissages partent de l’hypothèse inverse, il s’agit de transmettre un savoir dont le sujet est démuni, ses obsessions et inventions sont appréhendé comme des parasites qui font obstacle à la tâche. Ainsi, certaines techniques deviennent des violences faites au sujet, s’apparentant à un dressage plutôt qu’à un apprentissage authentique.
L’apprentissage ne peut être obtenu qu’à certaines conditions, la première étant de respecter l’appui que le sujet autiste doit prendre sur un double pour s’approprier un savoir et la seconde étant d’être accueilli à cette place de double par le sujet lui-même.
Si les méthodes d’apprentissages invoquent des résultats en leur faveur, il y a des résultats non moins éloquents obtenus par d’autres méthodes plus respectueuses du sujet, effectuées par des proches du sujet, certaines mères.
L’approche psychanalytique est la seule capable de proposer une compréhension du fonctionnement affectif, mais aussi des conséquences de celui-ci sur le cognitif. Elle est la seule à pouvoir rendre compte de la fonction de l’objet autistique, du primat du signe, de l’étrangeté de l’énonciation.
Pour preuve :
- l’expérience collectée dans les institutions puisant leurs sources dans l’approche psychanalytique,
- les témoignages, la publication de livres par des autistes de haut niveau tels : D.William, T.Grandin, D.Tammet, Birger Sellin et bien d’autres.
Certains cliniciens affirment que les enfants autistes qui deviennent des adultes indépendants ne sont plus des autistes. Ils le soutiennent au nom d’a priori que la clinique infirme et à l’encontre de l’avis des principaux intéressés. D. Williams considère l’autisme comme un mode de fonctionnement original qu’il s’agit de prendre en compte et de respecter.
Quand les indications des premiers intéressés sont suivies, quand le sujet autiste est placé dans des conditions où ses inventions et ses îlots de compétences sont valorisés et non tenus pour des obstacles, quand le choix de ses doubles et de ses objets est respecté, il s’avère possible pour lui, non pas de sortir de l’autisme, mais de son monde immuable et insécurisé, lui ouvrant la voie vers une vie sociale.
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