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É p i n g l a g e d e l a m a t i n é e
de l'IPE
du 28 avril à Bruxelles
Éduquer, mission impossible ?
Par Brigitte Duquesne
C'est sous cet intitulé que s'est tenu le samedi 28 avril à Bruxelles l'atelier régional de l'Institut psychanalytique de l'enfant. Cet atelier se voulait une préparation de la journée de l'IPE de 2013 sur l'Enfant et le savoir, qui aura lieu à Paris. Valérie Buchel, Catherine Stroot, Caroline Buchener et Katty Langelez nous ont convoqués non pas à des pratiques éducatives mais à une clinique qui fait place à la pulsion, à la jouissance, au symptôme, au rapport de chacun avec la langue, afin de donner chance à la parole du sujet.
Alexandre Stevens, qui a présidé l'atelier, qui est membre de la commission d'orientation de l'IPE, en a tracé une ligne directrice : éducation versus savoir. Il a souligné, au cas par cas, le rapport particulier qu'entretenaient les sujets avec le savoir, déclinant ainsi quatre versions différentes du savoir.
Les intervenants ont mis en valeur ce qui faisait le sel de leur travail. Leurs témoignages reflétaient comment ils suivaient l'enfant ou l'adolescent dans ses choix et ses élaborations, au risque même de déranger le cadre établi.
Nathan était présenté par ses parents comme un autiste de haut niveau alors qu'il ne savait ni lire ni écrire et s'exprimait de manière écholalique. La présence de l'Autre était envahissante et il en souffrait. Il manifestait de l'angoisse et un refus lorsqu'il devait intégrer la classe. L'équipe a décidé de le dispenser d'école, misant d'abord sur le savoir qu'il pourrait construire lui-même avant de consentir à rentrer dans le savoir de l'Autre. Valérie Buchel s'est intéressée aux objets que Nathan investissait. Les marionnettes ont servi de support pour ses élaborations. Celle du fantôme a permis de donner une figure à l'angoisse qui a ainsi pu être traitée. Tout en suivant délicatement Nathan dans ses constructions, l'intervenante est parvenue à les nouer à des petits bouts de savoirs universels.
Catherine Stroot nous a enseigné comment elle a pu se faire partenaire d'une petite fille qui lui disait en s'emparant des objets qu'elle lui proposait « on va jouer avec nous deux ». Mais, avec tyranie, elle utilisait Catherine comme un objet parmi d'autres. L'enfant jouait donc seule. Puis surprise, alors qu'elle a trouvé un ordinateur, elle a demandé à l'adulte de lui montrer comment utiliser les touches. A partir de cet objet qu'elle a élu, un jeu à deux est devenu possible. Elle dira à Catherine : « Tu es ma secret'aide ». La fillette présentait un discours décousu et confus. Cette confusion ne lui permettait pas de structurer un savoir. Catherine a eu l'idée de découper la séance en trois petites séquences, instaurant ainsi un Autre réglé. Cela a eu un effet structurant sur le discours de la petite fille. Catherine s'est montrée attentive à ce que la fillette tentait de bien dire sur ce qui l'agitait et elle a relevé que, dans ces moments-là, les mots se mélangeaient à nouveau. Pourtant l'enfant est parvenue à dire : « … parce que c'est triste si on parle.. », traduisant ainsi la jouissance qui la traversait.
Samy était un jeune adolescent, désabonné de l'inconscient. Il était envahi par le signifiant. Le savoir jouissait en lui. Son discours était frappé d'obscénités. Caroline Buchener l'a rencontré dans le cadre de son cours « expression et communication ». Avec habilité, elle s'est décalée du sens des propos tenus par Samy pour s'intéresser à son mode d'énonciation, le lieu d'où ça parle. Un jour, Samy l'a accueillie par un « salut ma biche ! ». Caroline Buchener a dû l'exclure du cours. Contrairement à l'usage, elle est sortie avec lui et lui a donné un travail particulier à faire. Lorsqu'il a rejoint la classe, elle lui a confié la tâche d'ouvrir et de clore l'exercice en cours, le plaçant ainsi aux deux bords. Cela a eu comme effet de venir faire bord à l'envahissement pulsionnel de Samy. Plutôt que de s'occuper du sens des écrits de Samy, elle s'est appliquée à régler sa grammaire et à chercher la forme qui permettait de mettre un voile sur l'indécence. Caroline Buchener est ainsi parvenue à faire de la punition un moment d'exception. Quelle classe !
A partir du CPCT-ados de Charleroi, Katty Langelez nous a introduit à un début de cure. Emilie était une fille décidée mais qui pouvait adopter des positions passives et se laisser abuser. Elle offrait son corps au corps de l'autre. L'enjeu était qu'Emilie parvienne à se construire un savoir qui concernait sa responsabilité subjective dans ce qui lui arrivait. Elle se proposait volontiers comme coupable de ce qui se passait pour les autres. Grâce aux interventions de Katty Langelez, une série de petits déplacements se sont produits et ont permis à la culpabilité éprouvée de se muter en responsabilité. Là où Emilie avait l'idée « d'avoir fait quelque chose de mal », elle s'est interrogée sur « pourquoi son corps était-il si soumis à l'autre ? ». Elle n'était plus en position de victime. Elle a découvert qu'elle avait choisi une identification au père qui la menait au pire. Parviendra-t-elle à la lâcher ? Ce gain de savoir lui a pourtant permis de réinvestir les apprentissages et de s'y orienter différemment.
Éduquer, mission impossible ?, le sujet était brûlant au regard de ce qui fait l'actualité de la psychanalyse. Les travaux ont fait valoir la part qui ne rentre pas dans un protocole éducatif. Dans un monde où le conformisme prend de plus en plus de poids, cet atelier a démontré que la psychanalyse est un outil puissant qui ouvre à l'inédit.
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