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AUTISME ET PSYCHANALYSE
Par Lacan Quotidien, n°182
http://www.lacanquotidien.fr/blog/2012/03/lacan-quotidien-n182-elisabeth-legrand-mere-dun-enfant-autiste-sortir-de-lenfermement-et-ne-pas-sen-laisser-imposer-un-autre/
« Sortir de l'enfermement et ne pas s'en laisser imposer un autre »
Le témoignage
d’Elisabeth Legrand
Paris, le 18 mars 2012
« L'actualité du débat surprenant et inquiétant qui s’est déchainé ces dernières semaines dans les médias à propos de l’autisme et de son « bon » traitement me pousse à vouloir témoigner le plus objectivement possible de mon expérience, du parcours de mon fils et du mien dans le combat que nous avons mené face à l'autisme. Je tiens d’abord à remercier le champ freudien qui m'en donne l'occasion, car il y avait bien longtemps que je voulais le faire, et ce depuis notre rencontre avec un Psychiatre- Psychanalyste, pour témoigner des résultats qui ont été obtenus.
Dès ses sept-huit mois je me suis inquiétée ; Pierre ne babillait pas comme les autres enfants de son âge. Je me suis alors confiée à un pédiatre qui a tenté de me rassurer en me répondant « ne vous inquiétez pas c’est un bébé heureux ".
Pourtant quelque chose m’a empêché de me contenter de cette réponse, car je sentais qu’il avait un comportement différent des autres bébés, bien qu’il évoluait physiquement normalement.
Vers l’âge de deux ans, lorsqu'il rencontrait d’autres enfants de son âge, il est devenu flagrant qu’il ne parlait toujours pas, mais qu’en revanche il était très agressif, leur tirait les cheveux et les mordait. Il était très difficile de l’apaiser. Le pédiatre de l’époque ne s’en souciait guère et commençait à me donner quelques conseils d’éducation… qui augmentaient ma culpabilité de ne pas savoir comment faire avec mon fils, bref, j'étais considérée comme une mauvaise mère. La culpabilité grandissante m’envahissait et me figeait sur mon « incompétence » maternelle.
Je précise que Pierre est le premier de mes enfants…
Pierre passait beaucoup de temps allongé par terre avec des petites voitures, sans exprimer la moindre émotion, très souvent absent. Ignorante d’autres options possibles, je persistais dans la voie médicale traditionnelle.
Rendez-vous fût pris à l'hôpital avec un neurologue. J’exposais son comportement et surtout le fait qu’il ne parlait pas. Un électroencéphalogramme fut effectué et le couperet tomba : « son cerveau manque de maturité ». D'intuition je ne pouvais pas y croire, il n’avait que 2 ans et demi ! Le médecin décida de lui prescrire de la Ritaline.
A ma question « pendant combien de temps? », il me répondit, sans doute sans prendre la mesure de l’impact de ses paroles d’autorité : « toute sa vie » ! Dans mon désespoir, j’ai d’abord voulu faire confiance malgré tout et j’ai commencé à lui donner son traitement. Au bout de 7 jours, Pierre était encore plus agité, et j’ai décidé de moi-même, sans l’accord du médecin, d’arrêter.
Nous étions alors complètement désarmés et impuissants face à « cette chose » que nous ne connaissions pas, malgré tout nous continuions à chercher « la » solution auprès de la médecine hospitalière : pédiatres, orthophonistes, psychiatres. Pierre s’enfermait autant dans son mutisme.
Entre-temps nous avons essayé de scolariser notre enfant en maternelle. Dès la première journée, on m’a appelé pour me demander de venir le chercher. Pierre n'est resté que deux jours à l’école. Ce fut un échec et encore une fois pas de perspective.
Mon désir de l'entendre parler, m'amena à prendre un rendez-vous à l'hôpital, non pas avec un médecin, mais avec une psychologue-orthophoniste qui nous a laissé entrevoir une lueur d’espoir en nous conseillant de rencontrer un Psychiatre-Psychanalyste qui travaillait en ville en même temps qu’il s’occupait d’enfants autistes dans un hôpital de jour.
Ce fut la rencontre la plus importante de sa jeune vie – et de la mienne ! J’avais passé 5 ans à me culpabiliser de plus en plus, tout en recevant les conseils des médecins, voire même de mon entourage, sans constater le moindre progrès.
J’entrevoyais l’autisme de mon fils mais refusais de l’y laisser. J’avais « Mal à MON FILS », mal de ne pas avoir de réponse, encore plus mal que personne ne puisse soulager la souffrance de Pierre ni la mienne.
Lors du premier entretien familial avec le psychanalyste nous avons enfin été entendus et nous sommes sortis plus sereins : peut être avions-nous trouvé une nouvelle voie ?
Des rendez-vous ont été fixés 2 fois par semaine.
Il ne parlait toujours pas, mais je le comprenais, Je m’enfermais avec lui dans son autisme, et l’enfermais avec moi dans cette relation « fusionnelle », je comprenais son langage !!!!
Mais ce n’était pas ce langage inventé entre nous deux qui pouvait le sortir de là, mais bien sa rencontre avec l’autre.
J'ai pu déposer chez ce psychanalyste la culpabilité qui finissait par faire obstruction à mon désir de l'extirper de son état.
Je n'assistais pas aux entretiens de mon fils. Nous faisions un point tous les mois, à notre demande et à celle du psychanalyste.
Où en était Pierre ?
Après l'échec dans le système scolaire classique, nous l'avons confié à un hôpital de jour dans l’année de ses 7 ans. Ce système nous paraissait adéquat pour faciliter la scolarisation de Pierre, quelques heures d'apprentissage étaient prévues.
Parallèlement, je souhaitais qu’il continu ses séances avec le psychanalyste. La « parole » était devenue indispensable pour nous.
Après 6 mois j’ai posé la question de la lecture et de l’écriture, au responsable de l’hôpital qui m’a répondu « votre fils ne sera jamais capable d’apprendre à lire et à écrire ». Pour moi, cette affirmation définitive, cette façon de mettre mon fils dans une « case », de l’enfermer dans « l’impossible », n'a fait que me conforter dans la voie ouverte par la rencontre avec ce Psychiatre-Psychanalyste à qui j'ai confié le traitement de mon fils. Chose importante j’ai pu aussi déposer beaucoup de mon angoisse, de ma culpabilité et retrouver le goût d’apprendre avec mon fils à mieux communiquer.
Résultat : son langage se structurait, il communiquait beaucoup mieux et la parole remplaçait l’agressivité.
Une école privée, à petit effectif, a accepté de recevoir Pierre, il a appris à lire et à écrire en trois mois. Deux fois par semaine, il continuait de voir son Psychiatre-Psychanalyste.
Il progressait et j’ai appris de lui que chaque détail, fait de petites choses insignifiantes pour les autres, pouvait devenir pour lui une nouvelle ouverture vers un avenir……
Il a comme ça pu poursuivre sa scolarité jusqu’en seconde, date à laquelle, il nous a signifié nettement qu’il ne voulait plus continuer l’école, il avait atteint une limite. Nous l’avons entendu et nous avons pris acte de sa décision.
Parallèlement il avait décidé de faire un nouvel apprentissage dans le monde équestre, qui l’intéresse beaucoup depuis qu’il a commencé à monter à poney vers 3 ans. Ce ne fut pas un parcours facile pour lui, mais vraiment ça, il le voulait et il a déployé pour y arriver une volonté de fer, insoupçonnable surtout quand on sait d’où il vient…
Il est allé voir ce Psychiatre-Psychanalyste pendant 10 ans.
A la suite de ça, il a voulu absolument s'insérer dans le monde du travail. Il a lui-même fait ses recherches, ses appels et décroché, Seul, des entretiens d’embauche avec un statut de travailleur handicapé. Il voulait faire la preuve qu'il pouvait être utile si on lui faisait confiance. Bien sûr nous avons beaucoup dialogué avec lui, nous l’avons accompagné de près, mais toujours en veillant à respecter scrupuleusement sa volonté propre. Ce qui est incroyable, c’est que, malgré les difficultés et les obstacles, Pierre a toujours tenu parole quand il tenait à quelque chose.
Après un stage de deux ans dans un centre équestre, où il a travaillé sans compter ses heures, il a trouvé un emploi comme cavalier- soigneur, entraineur dans un grand centre de la région parisienne.
Pierre y travaille maintenant depuis 7 ans ! Son employeur lui a donné sa chance, il dit de lui « Il est très humain ». Il a son logement, s’occupe de ses courses, prévoit ses repas, et il a de multiples centres d’intérêt et de curiosité grâce entre autres aussi à internet. Il est très apprécié par les clients du centre équestre et par tous les enfants qu'il initie à l'équitation.
Quand on lui fait confiance, Pierre est capable d'organiser son travail, voire même d'apporter de nouvelles idées pour développer l'activité du poney-club dont il a en partie la responsabilité
Il est confronté bien sûr "à certains autres" qui quelque fois ne le respectent pas, mais aujourd’hui il est tout à fait capable de se défendre et de dire par exemple : "cette homme-là est malveillant, il me prend pour un idiot, mais moi je suis plus malin qu’il ne croît".
Pierre à aujourd'hui 32 ans : La psychanalyse lui a donné ce sens de l’humain!
Notre expérience familiale nous montre combien la psychanalyse fait partie des « bonnes pratiques » relative à l’autisme, nous y avons trouvé une nouvelle orientation pour Pierre, par la parole exclusivement et sans aucune prescription médicamenteuse.
J’espère que ce témoignage (avec l'accord de Pierre,) pourra être entendu par d’autres parents concernés par l’autisme. Voilà qu'elle était la solution tant recherchée : LA PSYCHANALYSE
Entendez les expériences positives!
Sortir de l'enfermement et ne pas s'en laisser imposer un autre. »
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